DOPAMINE2000

Textes

Les textes de l'exposition sont des bribes recueillies dans les carnets de notes de l'artiste. Ils dépeignent des personnes croisées, pour la plupart inconnues, et décrites sur le vif.

Ils font le lien entre l'intimité des images, des corps, et cet intime que l'on touche du bout des doigts sans même parfois connaitre la personne chez qui on l'observe.

Sont présentés également deux extraits du manuscrit "Cannibales!", écrit en 2018, qui montrent comment ces portraits ont influencé l'artiste dans l'écriture des personnages de ce roman (et d'autres!)

 

 


De la pièce d’à côté, je t’aime, tu bouges la nuit

 

Jeune fille portant minerve mais ça pourrait aussi être une cheminée ou un vaisseau
spatial.

Passe une fille avec un manteau qui est une prolongation de sa jupe elle flotte et on dirait
une libellule.

Deux garçons habillés complémentaires d'un rose nacré, l'un la veste l'autre le pull,
d'autres couleurs à d'autres endroits, contradictoires, du bleu jean et le jogging noir, ils
rient et achètent un paquet de gâteaux.

La tête éclairée par les lumières du wagon, la fille en face dans le métro ressemble à une
peinture de Derain…

J’ai vu passer une fille incroyable en mobylette à l’instant - Elle avait une veste en jean
complètement repeint avec un casque cabossé, les sourcils froncés derrière la visière,
des lacets rouges et la mobylette toute petite s’appelait FLIPPER, j’ai trouvé ça super,
j’aurais du lui faire un petit signe de tête - mais en reconnaissance de quoi ?


Garçon portant écrans entre pouce et index tapote excuses express explique à future ex
qui excédée répond exit

Un mec en vélo, le col bardé de clous, une muselière en cuir sur la gueule.

 

Des filles androgynes qui passent en meute silicone portant rouleaux papier calques,
lunettes et vestes en cuir.


Les plaies sur les phalanges de la fille en face, me demande si elle s’est battue, si elle atapé dans le mur avec son poing

Un vrai méchant, avec le regard trop noir, devant le métro - juste eu le temps de voir le
pansement sur la joue mal rasée et les mains immenses, j’ai pensé tout de suite aux mauvais génies.



Quand j’écris, je voudrais que mes personnages ne ressemblent à personne qu’ils soient
aliens avec des vêtements en métal et en souffre (porter du gaz, de l’eau, de la fumée -
comment? Les enfermer dans des membranes, du plastique, des cols en silicone?)

Milie, la constellation de tâches de rousseur sur ses épaules


Un mec en vélo, il passe à toute vitesse, un grand sourire aux lèvres, se penche dans la
descente vers le petit chariot attaché à sa roue avant et pof surprise la tête d’une fille sort
du chariot et ils s’embrassent. Paris est une fête !

Une fille assise en face, sans soutien gorge, et le tissu de son tee-shirt colle sur ses seins, comme une coulée de plastique.




Habillée pour aller au bal, pour aller dans des endroit qui n'existent pas et où tout le monde est enveloppé dans des couvertures de survie


Cette fille en face de moi qui, sans crier gare, sort une flasque de ses seins et boit sans faire de grimace (la classe !)

À côté de moi dans le métro quelqu’un qui porte des bottines en daim et des ongles irisés  par un vernis rose et bleu, une jupe en cuir très courte, les jambes nues et les cheveux  gras, rabattus derrière les oreilles - l’énorme mousqueton dans son dos qui retiens le  trousseau de clés, comme un secret (ou une invitation?). Le souvenir des poils sur son  ventre forme des petits points sombres, je pense tout de suite à ce mot : « touchant ».


Une fille tout en cuir elle porte des anneaux dans d’autres anneaux et des barrettes en métal (couronne de barbelés), ses bottes aussi sont en cuir, elle a attaché ses lacets trop  longs autour de son mollet. Ce n’est pas tant une guerrière qu’un messager kamikaze (et je pense à Mad Max, en fait)

 

Gamine toute petite dans le métro en jogging avec des sourcils immenses et des yeux  tout bridés, elle a les cheveux rasés sur les côtés et son crâne est minuscule, sur le  dessus de son crâne deux couettes hérissées, elle fait la gueule parce que je la regarde  trop frontalement, du coup je tourne la tête avant d’avoir fini de l’écrire.


Constamment tiraillée entre faire des images pour l'image elle même, et faire des images comme des matériaux en devenir.


Des enfants assis sur des cagettes, une grand mère très blanche avec un tee shirt noir "vive l'afrique", une enfant dont la moitié du crâne est rasé, les cheveux qui restent en bataille , un garçon en chemise bleu clair dont le duvet presque blanc frémit sur sa nuque très bronzée. Moi qui écrit toute seule sur le côté du quai.

La serveuse amazone porte des bagues à tous les doigts, dans ma tête je l'appelle Cui-Cui (je sais pas pourquoi)



Une fille qui pleure sur les genoux de son ami, il lui caresse l'épaule sans bouger

La serveuse est une icône du futur qui se déplace sur des échasses, une amazone en collants noirs, portant son tablier comme on porte une armure, une guerrière antique enturbantée à la peau mate, aux cheveux comme une coiffe inca bordée de plumes blanches, une aventurière galactique qui ecarte les jambes pour tirer à bout portant. Elle marche comme on fait la guerre, avec rage, avec une fierté implacable, avec cette grâce propre aux femmes qui ne sont d'aucune époque, qui ne viennent de nulle part, elle s'en va à la conquête du monde comme une armée part à l'aube se battre pour l'honneur d'un roi.



Impossible de détacher mon objectif de K. qui danse, peut être parce moi je danse pas (ou peut être parce qu’elle est super grande, du coup ça prend toute la place)

A. au téléphone qui hurle dans le combiné « mais on est pas tes putain de personnages Nanténé, on vit pas dans tes romans» et je lui répond « ben si » et je raccroche.

 


 

Hugo et Cui-Cui se glissent tous les deux dans le manteau en peau. Les manches enrobent leurs bras; le col, cheminée, orbe et vaisseau laisse dépasser leurs deux têtes qui se ressemblent, à cause du sang chez l’une et l’absence de sang chez l’autre; peau de phoque ou alors peau d’humain cousue au fil de laine et d’or et d’ariane par des mains magie noire, noire, épaisse, lisse et humide, la peau du manteau - Cui-Cui glisse sur les coutures et monte lentement jusqu’au puit de lumière coulant par le col et par les yeux d’Hugo, magnifique Hugo crâne rasé oreilles métalliques cerné de bleu et de violet ou rouge dans le coin des yeux qui s’extirpe du manteau fourré par endroits avec des plumes d’oie ou sinon vide et creux et qui se colle à Cui-Cui et bande contre Cui-Cui à cause de la peau, de la proximité de la peau qui est une promiscuité de bordel - on ferme les fermetures éclairs, les mille fermetures éclairs autour du manteau et aussi de
la capuche du manteau qui protège du froid et on glisse les yeux dans la découpe par la capuche et l’on se protège du vent et les yeux pleurent dans le vent et dans la découpe; on se dit qu’on s’aime et qu’on survit, parce qu’on s’aime, on survit,

et alors, dehors, par la meurtrière et dans la rue, les grands trottoirs sont des sillons de gale où grouillent des milliers de visages, et des milliers de manteaux, et des milliers de fermetures éclairs qui tiennent le monde contre le vent.

 

•    •    •

Sautant saltimbanque et funambule entre pavés béton et plots ou chaussures en béton et plomb et lacets à l’envers, Cui-Cui rapide s’engage rapide sur la voie rapide puisque pressée mais pressée n’est pas en retard; croisant les gens, parapluie parapente sarbacane ou cerf volant faut pas chercher à comprendre, les gens, ce qu’il y a dans la tête des gens, Cui-Cui cherche pas mais note et décolle décroise s’arrache, feu vert, bagnole, verre d’eau, et en terrasse attablées des gamines électriques qui boivent leurs verres à la paille; gamines, guerrières casquées, pointues, terribles, portent des chaussures trop hautes à fermeture éclair et talon creux et transparent et aquarium dans le talon, n’importe quoi ! oui parce que quand elles marchent les poissons bougent de haut en bas et se cognent au plafond de la semelle et meurent comme ça, comme ça quoi, et les gamines transportent des cimetières de poissons dans leurs chaussures et elles s’en foutent parce que c’est des gamines - verre de vin à la paille, glissées dans des matières improbables, importables puisque transpirantes, vivantes, humides et râpeuses, des langues de chat, cousues à la machine pour faire un pull que personne ne voudra jamais toucher (ha mais c’est dégueulasse !) un repousse con, en fait, oui parce que si tu portes à même ta peau des langues de chaton personne a vraiment envie d’aller dans ta chatte pour y fourrer sa langue - tu me suis ?
Arrive le gosse derrière les gosses à mille à l’heure sur son skate et Cui-Cui regarde son bras pas celui là mais l’autre mais le gosse n’a plus de bras, juste un moignon cautérisé et violet et rouge qui se balance sous la manche du tee-shirt, et il est là sur son skate, les cheveux dans la gueule, il lance un coup d’oeil à Cui-Cui et au cul de Cui-Cui en souriant et parce que derrière les cheveux elle voit les canines Cui-Cui se dit un moignon dans la chatte ? et c’est pas dégueulasse -
skate, feu rouge, feu vert et rapide mais rapide trop rapide dans la rue grouillante, passent vieilles dames avec canettes de coca et parasol attaché à la nuque en boucle bouclée harnais et enfants solaires assis fin de marché sur cageots défoncés et mamans fumant cigarettes devant boulangerie et maitresses sortant de l’école et mettant rouge à lèvres bleu ou violet avec reflets d’essence, passent immobiles SDF enroulés sur chaises et bancs jaune poussin pisse enroulés dans crasse et siamois dans poussettes kaléidoscopes pour tromper le monde, affiches à la main y lire détruire rapide amoureux dans film plastique amants dans carton carton pâte marin qui touche son pouce avec sa paume une fille qui pleure contre le porche, la tête enfoncée dans le mur,  gamine promenant gamin dans cagoule attaché bout de laisse quand elle le regarde il aboie, souris c’est pas la fin du monde, coin de rue bande armée et mec par terre les dents
giclées contre carreau, sang sur verre, par terre, terre béton lumière tapant sur table en verre un type dit c’est parce que je me sens seul

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